Abd al-Rahman Ibn Marwan al-Jilliqi (?-889 après J.C.)

 

 

Abd al-Rahman Ibn Marwan al-Jilliqi est un muwalladun, c’est-à-dire l’héritier d’une grande famille ibérique qui s’est convertie à la religion islamique. Sa famille représente la communauté autochtone de Badajoz aux yeux du pouvoir Omeyyade depuis au moins un siècle : installé dans la cité, il possédait famille et biens à Badajoz (Esp.) et plus à l’Ouest à Marvo (Portugal) dont le nom est dérivé.

Les marwan constituent une famille puissante, sur laquelle entendait se reposer le pouvoir Omeyyade. Plus tard, les difficultés connues par l’administration centrale renforcent la puissance des Marwan. Mais les désaccords augmentent et ibn Marwan est alors pourchassé : En 875, il se réfugie dans la région de Mérida. Il en est chassé et se réfugie à Badajoz qu’il fortifie (875-876) Il en est à nouveau expulsé et se réfugie dans une forteresse plus au nord. Là il bat un général omeyyade qu’il livre au Roi Asturien Alphonse III. Mais, de nouvelles armées approchent et Marwan est contraint de se réfugier dans la zone chrétienne du Nord : Suite à un accord, ibn Marwan repart en direction du Sud (876-877) escorté par des armées chrétiennes. Il réussit cependant à faire épargner la région de Mérida par le roi asturien, ce qui montre qu’il avait l’intention de rentrer en al-Andalus au moment favorable.

Il semble qu’après le succès de la campagne dans le Gharb al-Andalus, ibn Marwan obtient de l’émir al-Mundir (886-888) l’autorisation de s’installer à Badajoz et d’y demeurer.
Il marque son indépendance par la fondation d’une cité : Badajoz, abandonnée depuis longtemps selon l’avis de nombreuses sources. L’émir Abd-Allah (888-912) semble même lui envoyer capitaux et main d’œuvre dans le but de construire la mosquée. Il meurt cependant peu de temps après en 889. La ville portugaise de Marvão porte son nom en mémoire.

 

L’épisode de la lutte de Marwan est emblématique de la période : Toutes les grandes familles qui prennent le pouvoir dans la région, les muwalladun comme les berbères et les Arabes, agissent comme des potentats musulmans ayant assimilé les pratiques de l’islam dont elles se réclament : Les muwalladun réclament les mêmes droits, au nom de l’égalitarisme musulman, que les maîtres du pays. Ce qui caractérise la démarche d’ibn Marwan c’est son parcours profondément emprunt d’islamité et d’arabité, avec l’absence de toute volonté de renouer avec le christianisme. Cette résistance est à rapprocher de celle des Berbères, comme les Yashubi un siècle plus tôt, face à une autorité centrale toute-puissante et n’a vraisemblablement rien à voir avec une quelconque rechristianisation de la région…